2011/03/29

À l'hôpital, j'irai quand je serai inconscient...

Depuis la parution du reportage de Patrick Lagacé, ma vie a totalement chaviré. Un tsunami de sympathie, d'encouragement et de compassion. J'ai vu passer un commentaire qui disait : « Comment tu te sens avec toutes ces belles choses qui se passent dans ta vie ? » J'ai répondu spontanément que je n'avais pas hâte de redescendre sur terre, que généralement, l'équilibre nous ramène parfois brusquement sur l'asphalte de la réalité.

Le lundi suivant, j'avais finalement eu mon rendez-vous à l'hôpital (CHRTR) pour une scintigraphie osseuse pour un pied enflé anormalement depuis l'été 2010. Mon médecin à domicile n'a aucun asti d'idée pourquoi mon pied gauche ne cesse d'enfler. Au début elle croyait que c'était une phlébite. De toute urgence elle m'envoie un formulaire pour un rendez-vous prioritaire dans les 24 heures. Sa secrétaire n'avait pas inscrit mon numéro d'appartement sur l'enveloppe... Vous voyez le genre ? Bravo championne...

Pour la scintigraphie, après plus de 5 mois d'attente, la téléphoniste m'avait dit que je devais venir pour une injection en avant-midi (d'une durée de 15 minutes qu'elle disait) puis revenir en après-midi, 4 heures plus tard pour un examen plus complet couché dans un gros appareil. J'apporte toujours avec moi mon personnel quand vient le temps de transférer pour assister les infirmières qui ne connaissent rien à rien de ma condition. Je n'ai aucun budget d'accompagnement pour les sorties à l'hôpital. Pour la visite courte en avant-midi, j'avais demandé à ma mère de m'accompagner étant donné que je n'avais pas besoin (supposément) d'être transféré. J'essaye le plus possible de ne pas demander à ma mère de forcer après mon fauteuil puisqu'il y a de multiples équipements qu'elle n'a jamais connus depuis toutes ces années. Rendu au rendez-vous, la technicienne en laboratoire m'informe que je vais être transporté sur une civière pour l'injection. J'argumente avec elle que ce n'était pas convenu, mais entre vous et moi, elle n'en avait rien à foutre. Un banal transfert y a pas de quoi fouetter un chat.

Le préposé de l'hôpital est alors arrivé avec un lève-patient sur roues avec la technicienne en laboratoire. Ma mère a laissé sa place pour laisser « les professionnels » faire leur travail. Ils n'avaient tous les 2 aucune idée comment me libérer de mon fauteuil. C'est vraiment quelque chose de compliqué et c'est pour ça que je voulais faire revenir mon employée au départ. La technicienne s'est alors penchée pour placer la toile de transfert (qui est en permanence sous moi). Pendant que le préposé était incapable d'ouvrir le côté du fauteuil, la technicienne a pris ma jambe droite et l'a étiré frénétiquement sans rien me demander au préalable. J'ai 38 ans. Je n'ai jamais été debout de toute ma vie. Mes jambes ont la position « de chaise » depuis toujours. Le craquement de mon genou a défié le talent et les capacités de toutes les physiothérapeutes réunies dans mon long parcours du réseau de santé depuis la fin des années 70. Les yeux pleins d'eau, je leur ai annoncé qu'il n'y aurait pas de transfert cet après-midi-là, et qu'ils devraient me redonner un autre rendez-vous.

Sur le coup de l'adrénaline, je sentais très peu la douleur, mais je savais pertinemment que cette drogue naturelle allait bientôt se dissiper et laisser place à l'enflure et à des moments de terreur...

Arrivé à la maison, j'ai donc sauté sur ma boîte d'antidouleurs. 2 comprimés derrière la cravate et on attend avec impatience l'heure du coucher. J'avais pris la peine de contacter une 2e employée pour assister la régulière dans son quart de travail. Avant de me coucher, 2 autres comprimés pour m'aider à passer la nuit. Nuit qui fut relativement calme contrairement à ce dont je m'attendais. Le travail de mes 2 p'titsanges était impeccable et je les en félicite !

Le lendemain matin, j'avais dû contacter une remplaçante puisque la régulière du matin était grippée. Dans ces conditions, je demande toujours à mon personnel de rester loin de moi pour me protéger. Pendant le déjeuner, 2 autres comprimés d'antidouleurs. Outch ! Je suis resté au lit toute la journée avec des nausées et des brûlements d'estomac... La 2e marche vers l'enfer venait d'être franchise.

Par la suite, le travail de préparer l'horaire pour les employés continuait. Les remplacements, des quarts de travail supplémentaire, en plein coeur d'après-midi, au beau milieu de la nuit. De la gestion des personnels extrêmes dans des conditions de vie atroce. Le montant accumulé pendant la Magie de Noël qui n'avait pas encore été distribué, me sera d'une aide précieuse lorsque viendra le temps de payer tout le temps supplémentaire que le CLSC n'acceptera jamais de défrayer. Merci encore à tous mes généreux donateurs !

En milieu de semaine, j'ai repris place dans mon fauteuil rouillant pendant la journée. Mauvaise idée. Tôt en après-midi le genou faisait des siennes. Tout le monde était en classe ou au travail ou pas encore formé pour me porter assistance à pied levé. Un dilemme s'imposait : rester couché pour guérir le genou (dans l'incapacité de manger et digérer convenablement) ou rester assis pour favoriser la digestion (avec pour effet de fatiguer mon genou rapidement). Solliciter mon staff au maximum entraînant des dépassements de coûts majeurs qui ne seront jamais budgétés dans cette belle province tellement généreuse... Ou épuiser ma mère qui a déjà ses problèmes de santé ? Beaucoup de questions et trop peu de réponses.

Le lendemain de l'incident, j'ai appelé la secrétaire de mon médecin à domicile. Elle a dit que le médecin venait de passer et qu'elle allait lui demander de me rappeler, mais en vain. Jeudi, je relance l'appel malgré que je sais que mon médecin traitant est disponible seulement le lundi et une demi-journée le mardi. Le reste du temps, c'est un médecin de garde qui prend la relève. Elle me dit qu'une infirmière viendra me visiter vendredi. Enfin du positif !

Le lendemain avant-midi, ma p'titange était en train de me transférer péniblement avec la jambe immobilisée dans ses mains. L'intercomme s'agite. Je la regarde en lui faisant signe que non. Nous ne pouvons faire demi-tour et elle n'aura pas le temps d'aller répondre à temps. Je change d'avis aussitôt puis retourne au lit en me disant que la personne allait rappeler ou directement monter pour frapper à ma porte et vérifier si je suis conscient ou non ! Eh bien non ! Pas de son, pas d'image... Le week-end, je vous confirme que les infirmières du maintien à domicile à Trois-Rivières ne travaillent pas.

Lundi, je demande calmement à ma mère de signaler le numéro de la secrétaire du maintien à domicile pour lui demander ce qui s'était passé. Elle m'a mis en attente en n’appuyant pas sur le bon bouton. J'ai alors entendu une infirmière âgée dire que je n'étais pas là vendredi. Quand la secrétaire est revenue au téléphone je lui ai dit que c'était une défaite vraiment bidon et que si j'avais été sans aide durant tout le week-end, j'aurais pu y laisser ma vie. Elle est retournée discuter avec la vieille infirmière solidaire avec son équipe en ne voulant pas avouer que la personne en question avait eu tort de ne pas ; 1) appeler une 2e fois, 2) monter vérifier à la porte de mon appartement, 3) être revenu dans l'après-midi, 4) avoir laissé un message à la secrétaire qu'elle n'avait pu m'ausculter. C'est pathétique de voir que personne ne sera mis en cause dans cette histoire. J'envisage sincèrement porter plainte quand je serai de retour « sur pied »...


Finalement, une infirmière est venue lundi en fin d'après-midi. Elle m'a dit que le médecin passerait mardi. Personne encore. J'ai rappelé la fameuse secrétaire. Elle me demande si j'ai toujours de la douleur. « Tabarnak de bonne question ma grande... » me dis-je intérieurement. Je réponds par la positive avec tout le calme que je n'ai pas l'habitude d'avoir. Elle me dit qu'elle va contacter mon médecin puis me rappeler par la suite. Au moment d'écrire ces lignes, j'attends encore.

Il est hors de question que j'arrive à l'urgence (probablement avec une priorité 75) pour attendre 14 heures pour me faire prescrire un antidouleur que j'ai déjà en main. À l'hôpital, le personnel ne sera pas tendre dans leur mouvement avec ma jambe sur leurs civières de béton armé. À l'hôpital, les bactéries de toutes sortes risquent de me rejoindre comme elles ont rejoint beaucoup de mes amis handicapés ou âgés. À l'hôpital, au moment de mon congé, ils n'auront rien à foutre que je revienne à la maison à pied ou en calèche. À l'hôpital, j'irai quand je serai inconscient, saignant, agonisant ou payé cher pour y aller...




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4 commentaires:

  1. Ouin...c'est pas le bonheur Alain. C'est comme rien il va t'arriver quelque chose de bien après tout ça...T'embrasse fort et faut pas lâcher. Courage xXox

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  2. On pense à toi Alain.

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  3. UN SYSTEME DE SANTÉ DE MERDE AVEC DES EMPLOYÉS SYNDIQUÉS DE MERDE!

    Lache-pas Alain, si tu est dans la merde, apelle moi. je suis pas loin!

    ca me revolte!
    Martin Arcand

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Ma définition d'un p'tit ange:

Personne unique doté d'un sens de l'altruisme développé, de l'honnêteté et du respect de soi depuis plusieurs années. N'est pas p'tit ange qui veut. Les candidatures peuvent défiler sans avoir nécessairement l'esprit du p'tit ange. Cette philosophie n'est pas uniquement de donner du temps et de l'aide instantanément à quelqu'un qui a besoin, mais plutôt une manière de participer activement, un certain temps, au mieux-être d'une personne.

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